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Roger
AGACHE
photographe des
"fantômes du passé"
| été 2000 |
Tout petit, lorsque mes parents m’arrachaient de force à mon train électrique ou à mes maquettes (nul n’est parfait) pour me traîner à la "Macu d’Amiens" afin d’écouter un certain Roger AGACHE, «archéologue volant», jamais je n’aurai imaginé suivre, pendant des années, le merveilleux travail effectué par cet homme à la légendaire chevelure blanche.
Il a tout pour séduire ce « photographe archéologue » : une voix douce, envoûtante, des yeux qui percent vos pensées, et une stature qui impose de toute façon le respect... mais au-delà de l’apparence, Roger AGACHE est tout en nuance, balancé entre sensibilité et connaissance, entre curiosité et innocence, Louis le Prince Ringuet disait qu’il était facile de trouver des chercheurs, mais beaucoup plus difficile de chercher des trouveurs... lui, fait partie de ces chercheurs qui trouvent, à ce titre la Picardie lui doit beaucoup, et je le remercie vivement de m’avoir accordé son temps si précieux
« Non, non, ne dites pas que je suis photographe, je ne suis pas photographe ! » s’est-il attaché à me répéter tout au long de notre rencontre. « je recherche les fantômes de notre passé, et la photographie n’est qu’un outil pour m’aider »
Toutes les
photographies sont de Roger AGACHE (Ministère
de la Culture)
et paraissent avec l'aimable autorisation de leur auteur
Roger
Agache
né à Amiens en 1926
Docteur en Histoire de l’Art et Archéologie
Correspondant de l’Institut de France (Académie des inscriptions et Belles Lettres)
Conférencier, auteur de plus de 200 publications dans des périodiques scientifiques, ses travaux ont été couronnés par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, le CNRS, l’Académie d’architecture, etc...
Un hommage tout particulier lui a été rendu en 1999 lors du Colloque International d’Archéologie aérienne où les Actes lui ont été dédiés.
Après de nombreuses recherches sur le Paléolithique et le Néolithique, il a été Directeur des Antiquités préhistoriques du nord et de la Picardie, chargé de cours à l’Université de Caen et chercheur au CNRS...
Considéré comme le pionnier de l’archéologie aérienne, il a sillonné le ciel de Picardie été comme hiver à la recherche des « fantômes du passé ». Ces fantômes lui ont valu le Grand Prix national d’Archéologie et de Géographie.
Détection
aérienne des vestiges archéologiques enfouis
par un photographe des fantômes du passé
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L’archéologie aérienne n’a pas pour but d’obtenir d’avion des images de monuments, toutefois, ce type de photographies n’est pas sans intérêt car il permet de les replacer dans leur contexte. De plus, il peut fournir des images cohérentes d’ensembles étendus trop vastes pour que le plan de masse soit discernable au sol. C’est le cas par exemple des grandes collines fortifiées de l’époque de la Guerre des Gaules. Seul l’avion fournit le recul nécessaire à une perception globale du site, ainsi le « camp de César » à la Chaussée Tirancourt apparaît comme le type même de l’éperon barré : à la confluence de la Somme et de l‘Acon, ce » camp de César » est protégé naturellement par des abrupts dominant ces deux rivières. Côté plateau, ce sont les Gaulois qui ont creusé ce gigantesque fossé et cette imposante levée de terre disposée en arc de cercle. Il arrive d’ailleurs que le survol de ces vestiges, connus depuis longtemps, car hier visibles sur le terrain fasse découvrir d’autres structures archéologiques enfouies et totalement inconnues. Voyez la photo de la grande levée de terre de Liercourt-Erondelle : Le brouillard hivernal vient de se lever et on voit apparaître pour un bref moment des lignes d’humidité qui révèlent le tracé d’un camp romain arasé et que l’on ignorait. |
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| C’est
le but essentiel de l’archéologie aérienne : il s’agit de
détecter d’avion des sites archéologiques complètement
détruits, arasés, enfouis. A priori, cela semblait impossible
à beaucoup : il a fallu l’obstination de quelques fous
volants pour que vers la fin des années 50, des farfelus avec
de simples 24x36 d’amateurs et avec le concours d’aéroclubs
montrèrent qu’il était possible d’obtenir des images
couleur parlantes contre toutes les idées reçues. Ils se
heurtèrent au scepticisme, voire à l’hostilité déclarée
de certains archéologues universitaires et surtout des
militaires.
Roger Agache a été l’un de ces farfelus. Il a entrepris à partir des années 60 des survols systématiques, hiver comme été dans des conditions atmosphériques les plus variées. Ces images reconnues, la Picardie devint, grâce à ces repérages et aux fouilles qui s’en suivirent, région pilote; en partie parce que les sondages et les fouilles de contrôle confirmèrent la précision et l’étonnante efficacité de cette méthode considérée comme essentielle et prioritaire. Il faut comprendre que rechercher par avion des vestiges archéologiques inconnus pouvait ici, sembler une gageure. En effet, l’archéologie aérienne avait depuis longtemps fait ses preuves dans les « territoires d’outre-mer » et particulièrement les zones désertiques et subdésertiques de Syrie (Révérend Père Poidebard) ou le sud algérien avec le colonel Baradez; le sable y cache à peine les vestiges enfouis. Le matin ou le soir, quand le soleil est bas sur l’horizon, un éclairage rasant met alors en évidence les moindres micro-reliefs et leurs plans d’ensemble. |
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![]() Fluy dans la Somme : temple |
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| En
Picardie, point de désert. Les vestiges en élévation sont
répertoriés depuis des siècles quant à ceux qui sont arasés
par une agriculture millénaire, ils sont à priori
irrémédiablement détruits. Or c’est cette même agriculture
qui, paradoxalement, les fait réapparaître de temps à autre,
pendant de brefs moments par des effets de variation de couleur
ou de teinte des cultures, du sol dénudé par les labourages.
Un labourage très profond a suffi pour mettre à jour les fondations de bâtiments antiques. Le plan de ces édifices apparaît alors nettement, et reste encore plus visible si le sol est détrempé. |
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![]() Tailly l'Arbre à Mouches (connu aussi pour son célèbre Maréchal : le Maréchal Leclercq de Hautecloque) |
Autre moment propice, le givre, la neige fondante et surtout l’humidité rémanente des remblais antiques après une période pluvieuse quand les sols commencent à sécher. C’est entre les giboulées de mars que les clichés les plus spectaculaires ont été obtenus (Tailly / Drucat). Après une très forte averse, les anciens fossés protohistoriques ou romains sont gorgés d’eau et bien que comblés, ces fosses et fossés gardent l’humidité plus longtemps. Aussitôt après la pluie, les sols sont uniformément sombres et rien n’est décelable. S’il y a du soleil et beaucoup de vent, les terres sèchent brutalement et deviennent uniformément claires. Mais pendant un court moment l’humidité ne subsiste qu’au-dessus des anciens remblais : les tracés des ex-fosses et fossés sont alors remarquablement lisibles, même au sol, dans certains cas. |
L’avion
seul fournit ce recul nécessaire à la perception globale du
phénomène et à en obtenir un plan cohérent et souvent
caractéristique de telle ou telle structure archéologique.
Ainsi, les grands systèmes d’enclos emboîtés sont assez
caractéristiques des lignes de fossés qui entouraient les
fermes gauloises ou de tradition gauloise. De même, les petits
fossés circulaires correspondent très souvent aux enclos
mi-rituels, mi-funéraires de l’Age du Bronze et du début de
l’âge du fer. C’est le cas ici de Neufmoulin,
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de Riencourt..., |
| ... ou de Berry au Bac. | ![]() |
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A la belle saison, les cultures couvrent la campagne, mais c’est alors des différences de teinte ou de hauteur des plantes qui trahissent la présence de sites enfouis. A l’emplacement d’anciens remblais plus humides, il est évident que les cultures passeront plus vite, seront plus vertes et plus hautes et mûriront ou jauniront plus tôt (Bonnay...). |
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Il arrive aussi que les céréales devenant trop hautes à ces endroits aient tendance à « verser » lors d’un orage : elles se couchent sur le sol comme si elles avaient été piétinées. Depuis longtemps, du haut de leur cheval ou de leurs chariots, le paysan d’autrefois avaient constaté ces phénomènes d’autant plus troublants que l’hiver, d’autres signes « fantomatiques » se manifestaient (rosée, gelée blanche...). Cela explique que ces sites archéologiques enfouis font souvent l’objet de lieux de sabbats, de sorcières, de fées, d’apparitions.. certains lieux dits du cadastre sont significatifs comme le champ des fées, de la danse ou encore le champ Saint Martin où le curé se rendait en procession pour chasser les cultes païens (Fouilloy) |
| Les résultats obtenus dépassent les espérances mais il faut bien comprendre qu’il a fallu plusieurs dizaines d’années et de survols systématiques, hiver comme été, pour les obtenir. Bien comprendre aussi que cela ne fournit pas une image exhaustive des vestiges enfouis, même si plusieurs sites importants ont été découverts le plus souvent avec leurs plans. | |
| quelques fantômes de Picardie | |
![]() Folleville camp romain |
![]() Cormeilles voie romaine Amiens Beauvais |
![]() La Houssoye grande villa gallo-romaine |
![]() Miannay villa romaine
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![]() Port le Grand villa romaine
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![]() Ribemont sur Ancre théâtre gallo-romain (perceptible par le jaunissement différentiel des céréales) |
![]() Francières Hemevillers grande villa (hiver) |
![]() Lamotte Warfusée grande villa |
remarque : Ces quatre photographies de gauche sont prises l'hiver. Elles font apparaître le plan de grandes villas gallo-romaines. |